Lot 26 – Autographes & Manuscrits

Moïse KISLING

Correspondance inédite de plus de 50 lettres autographes signées, à son épouse Renée et son fils Guy, sur la période 1931-1946. Environ 135 pp. in-12, in-8 et in-4, certaines lettres avec enveloppe.

Témoignage exceptionnel retraçant le parcours de Kisling pendant son exil

Une première série de 12 L.A.S. couvre les années 1931-1938. Elles sont adressées à son fils depuis Paris, Lyon ou Amsterdam, au ton très tendre : « As-tu reçu le joli livre que je t’ai envoyé ?… » ; « Bravo ! Ça fait plaisir au papa de savoir que son Guy est heureux au collège… » ; « …depuis longtemps je n’ai pas reçu des poèmes de toi… » ; « …il ne faut pas l’en vouloir s’il n’écrit pas souvent à son Guy qu’il aime de tout son cœur… ».

Jusqu’à une lettre charnière, écrite à son épouse depuis Marseille, deux heures avant son départ (septembre 1940) : « Dans deux heures, je quitte Marseille et arriverai demain matin à 9h à Cerbère. Je te télégraphierai sitôt arrivé au Portugal…Dans ce moment troublant, tout peut arriver ; que tout d’un coup je sois isolé, à ne pas pouvoir donner des nouvelles….J’ai le cafard de foutre le camp, mais que faire ? Je crois que c’est une chance que j’ai en ce moment et que je fais bien de foutre le camp… ».

Une deuxième série de 14 L.A.S. (9 à Renée et 5 à Guy), d’octobre à décembre 1940, écrite depuis Lisbonne ou Nazaré, nous fait partager sa souffrance de l’éloignement et de la solitude :

(du 25 octobre) « …Ce n’est pas une vie ! mais la guerre finira un jour !… », (le 2 novembre) « …Je suis dans la solitude la plus complète et je travaille beaucoup – mais comme solitude je n’en ai jamais eu de pareille », (le 9 décembre) « je vois pas mal de copains français. Les uns vont en Amérique les autres en reviennent. Jean Renoir, Saint-Exupéry, Jean Murat, Léger… ».

Qui se clôt sur l’annonce de son départ pour New York : (le 21 décembre) « …Je me prépare pour partir à New-York. Dans combien de temps je ne peux pas le dire parce que c’est très très difficile d’obtenir une place sur un bateau pour New York. Il y a des gens qui attendent des semaines et des mois une place quelconque sur un bateau…Ces jours-ci je vais décider à peu près la date de mon départ… ».

La correspondance reprend ensuite depuis New York d’où sont écrites 26 L.A.S. (19 à Renée et 7 à Guy), de mars 1941 à juillet 46, pour une évocation de ses conditions d’exil mais aussi de la reprise de son activité artistique :

(le 1er mars) « Au point de vue artistique j’ai une très bonne cote et je n’aurais pas cru que je suis si connu ici ! …il faut que je fasse avant tout quelques bonnes toiles pour les montrer au grand public… », (le 15 mars) « …Je travaille beaucoup pour préparer une bonne exposition…j’ai des nouvelles de Huxley qui tombe de plus en plus dans les religions hindous, la pauvre Maria ne doit pas rigoler beaucoup… », (le 14 mai) « …Pour que mon exposition comme je la vois porte, il faut que je montre des bonnes toiles des très bonnes toiles……Je ne veux pas faire une exposition avec des toiles prêtées…Quel dommage que je n’aie pas mes quelques toiles de Paris… », ( le 5 juillet) «…Pour les tableaux, je t’avais écrit dans la précédente lettre de les garder à La Baie vue que le transport en ce moment est très difficile…Il vaut même mieux que tu les gardes chez toi si un jour tu trouves un très bon client de pouvoir les vendre…Comme ça tu auras une petite collection de Kisling… » (le 7 septembre 1941 sur son installation au 222 Central Park South) « Maintenant je suis dans un quartier épatant en plein centre de New York devant un grand parc comme le jardin du Luxembourg….Je me suis installé chez des amis, sur leur balcon du 29è étage pour faire une vue sur New York. C’est beaucoup de travail parce que je fais des gratte-ciels dans tous leurs détails… ». (17 octobre) « …je ne veux pas que tu aies des embêtements parce que je suis juif et que tu sois à la merci d’une loi quelconque qui te met sur la paille en te prenant ta maison qui est le dernier refuge pour toi et pour nos deux gars… Je veux que dans cette effroyable pagaille vous puissiez être moins embêtés. Je crois que tu as toutes les facilités pour divorcer en déclarant tout simplement que tu veux divorcer à cause que je suis juif…Ne t’en fais pas ma petite Renée, tu verras que tout ira bien et qu’un jour viendra nous serons tous autour de notre belle table de notre belle maison… », (le 18 août 1945, à son fils) «… Enfin c’est fini la guerre et nous aurons plus de facilités de nous écrire et enfin nous recevrons nos lettres… »

Après cinq années d’exil, Kisling s’apprête à rentrer en France : 17/7 [46] « ma petite Renée, Ouf ! Enfin ! Mon bateau part demain pour la Martinique …et nous filerons vers Marseille…Tu vois, tout arrive ! Même mon retour et je te prie de croire qu’il est meilleur (touchons du bois) que mon départ… »

Joint : Plusieurs fragments de lettres incomplètes.

15’000 – 20’000 EUR
Date de vente Tue 27 Nov 2018 at 14:00:00 (Europe/Zurich)
Prix réalisé bientôt publié